Il y a quelques jours, en rentrant chez moi, j’ai entendu une histoire à la radio sur un groupe de soldats sénégalais envoyés combattre pendant la Seconde Guerre mondiale. À leur retour, ils ont été maltraités et privés de leur humanité. Mon cœur s’est mis à battre plus vite. Je me suis demandé pourquoi cette histoire n’était pas nationale et pourquoi il n’y avait pas de journée pour honorer ce groupe. Néanmoins, une fois rentré chez moi, j’ai noté ce sujet comme quelque chose à partager sur ma page pour voir ce que mes amis en pensent.
Le massacre de Thiaroye, un événement tragique de l’histoire du Sénégal, a eu lieu le 1er décembre 1944. Des soldats sénégalais démobilisés qui avaient combattu pour la France pendant la Seconde Guerre mondiale ont protesté à Thiaroye après s’être vu refuser leur solde et leurs droits. La protestation est devenue meurtrière lorsque les forces françaises ont ouvert le feu, provoquant un massacre. Les rapports officiels français ont déclaré que 35 soldats ont été tués, mais les survivants affirment que le nombre se rapproche plutôt de 300.
Ilou Amadou, Fall Amar, N’téné Dayo, Sanon Dembele, Sikosio Dembele, Ouao Fara, Fara Gomis, Sice Gueye, Daougny Mao, Fako Saliou, Sène Saliou ne sont que quelques-uns des 44 de Thiaroye dont les noms risquent d’être oubliés, à moins que les dirigeants n’agissent.
Je comprends maintenant mieux pourquoi mon oncle a mentionné que j’avais un oncle qui a combattu dans la guerre. C’était une grande surprise. Un Africain pendant la Seconde Guerre mondiale ? Pourquoi ? Je me souviens avoir demandé à mon oncle. Il m’a expliqué que de nombreux combattants venaient de villages, y compris de notre village, Nganda.
Dans une démarche significative pour aborder ce chapitre sombre, l’actuel président du Sénégal, Bassirou Diomaye Diakhar Faye, a pris des mesures pour s’assurer que le massacre soit correctement reconnu et commémoré. Un comité ad hoc sera mis en place pour commémorer le 80e anniversaire du massacre de Thiaroye. Annoncé par le Premier ministre Ousmane Sonko le 26 juin 2024, ce comité vise à faire la lumière sur cet événement tragique et à rechercher la vérité et la justice pour les victimes.
En 1944, Thiaroye était un petit village de pêcheurs situé à 15 km à l’est de Dakar. Au fil des ans, il s’est transformé en une ville animée avec plus de 350 000 habitants. Thiaroye a joué un rôle crucial pendant l’ère coloniale, notamment avec l’établissement d’un vaste camp militaire français en 1905, qui est devenu un site important pour la formation et la démobilisation des tirailleurs sénégalais.
Malgré la gravité du massacre, il est resté une partie controversée et souvent négligée de l’histoire. L’événement a été entouré de mystère et de déni pendant des décennies, avec la censure par la France et le Sénégal du film de Ousmane Sembène en 1988 sur le massacre, qui n’a été rendu disponible en DVD qu’en 2005.
L’initiative du président Faye fait partie d’un effort plus large pour reconnaître et honorer la mémoire des victimes du massacre de Thiaroye. En 2004, un représentant du gouvernement français, André Wiltzer, a rompu le silence officiel en reconnaissant la tragédie lors d’une cérémonie commémorant la libération de Toulon. Suite à cela, le Sénégal a déclaré le cimetière de Thiaroye “Cimetière National” pour honorer les soldats tombés, et chaque année, le Premier ministre dépose une gerbe en souvenir.
Le massacre de Thiaroye reste un rappel poignant des luttes auxquelles ont été confrontés les soldats africains qui ont combattu pour les puissances coloniales. En reconnaissant ce chapitre sombre de l’histoire, le Sénégal et d’autres pays du continent peuvent enseigner à leurs enfants le rôle que leurs ancêtres ont joué dans la formation des événements mondiaux et encourager les dirigeants, sur la scène mondiale, à dénoncer les injustices perpétrées et l’impact qu’elles ont eu sur le continent.
